Au
moment de la naissance de Renée Gagnon au printemps 1643, ses
parents, sont déjà établis sur la côte de Beaupré depuis quelques
années. Son père, Jean Gagnon, est originaire de Tourouvre, au
Perche et sa mère, Marguerite Cochon, de Dieppe en Normandie. Nous
ignorons la date d'arrivée de Jean Gagnon en Nouvelle-France. Son
mariage sur la côte de Beaupré, le 29 juillet 1640, est la première
trace de sa présence au Canada. Aucun autre document de cette époque
ne mentionne son arrivée. Il ne s'en suit pas que Jean soit débarqué
au pays cette année-là, mais nous n'avons aucun moyen de trouver une
date plus probable. (1)
Au moment de son départ, Jean
Gagnon habite à La Ventrouze, situé à quelques kilomètres de
Tourouvre, au Perche. Il y vit avec sa mère Renée Roger, trois de
ses frères, Mathurin, Pierre et Noël ainsi que sa soeur Mathurine.
Sa soeur aînée Marguerite, marié à Éloi Tavernier depuis douze
ans, est installée à Randonnai, un hameau voisin. Quant à son frère
Louis marié en 1633, il vient d'emménager dans sa nouvelle maison,
aussi à La Ventrouze.
Leur père Pierre est décédé.
Il exerçait le métier de laboureur, ce qui l'emmenait à se déplacer
fréquemment pour aller là où ses services étaient requis. À la
naissance de Jean en 1610, la famille Gagnon habitait La Gaignonnière,
petit hameaux situé à environ deux kilomètres du bourg de Tourouvre.
Comme tous ses frères et soeurs, Jean a été baptisé à l'église
Saint-Aubin, à Tourouvre. Deux ans plus tard, on retrouve les Gagnon
à la Ventrouze.
Qui a convaincu Jean Gagnon et
deux de ses frères, Mathurin et Pierre, de venir s'installer sur la côte
de Beaupré? Plusieurs indices nous laissent supposer qu'il s'agirait
de Noël Juchereau un voisin et très probablement un ami de la
famille. Les actes d'état civil des Gagnon attestent constamment sa
présence aux événements importants de leur vie. Ainsi le 18 février
1633, il assiste au mariage de Louis Gagnon. Le 10 novembre suivant,
lorsque Louis achète une maison à La Ventrouze, Noël Juchereau est
présent à cette transaction qui se passe chez la veuve Renée Roger.
On verra qu'il agit également comme témoin aux mariages de Jean
Gagnon et à celui de Pierre en 1642 sur la côte de Beaupré.
Noël Juchereau est natif de
Tourouvre. Comme les Gagnon, il a été baptisé à l'église Saint-Aubin.
Licencié en droit, Noël a quarante ans et est encore célibataire.
Son père, en plus d'être greffier, fait le commerce du vin, mais
surtout celui du bois en ce pays de forêts. Noël et son frère Jean
ont hérité des qualités d'entrepreneur de leur père. Lorsque le
Mortagnais Robert Giffard, le chef de file de l'immigration percheron
en Nouvelle-France, sollicite leur collaboration à titre de
recruteurs, Noël et Jean Juchereau travailleront en étroite
collaboration avec lui.